À Cheverny, les ministres sont venus, ont vu, et bientôt, auront vaincu ?

« Veni, vidi, vici ». Tels des Jules César, Jean Castex, Premier ministre, et Marc Fesneau, ministre délégué chargé des relations avec le Parlement, escomptent conquérir les Gaulois du Centre-Val de Loire dès ce dimanche 20 juin. Opération séduction lors du déplacement à Cheverny, dans le Loir-et-Cher, à quatre jours du premier tour de scrutin.
Par Émilie Rencien
18 juin 2021
Jean Castex et Marc Fesneau à Cheverny.
Jean Castex et Marc Fesneau à Cheverny le 16 juin 2021. ER / POLITICA

Sur le papier, l’équipe du candidat Modem aux régionales aura déroulé les grandes lignes de son programme Ensemble, le meilleur est avenir. Sur le terrain, ce 16 juin, ce patronyme fut scandé et vanté à Cheverny (Loir-et-Cher), d’abord au château qui aura inspiré Hergé, puis à la Maison des vins et devant le caquetoire de l’église Saint-Etienne, à moult reprises s’il-vous-plaît par le chef du gouvernement, Jean Castex, et sa ministre de la cohésion des territoires, Jacqueline Gourault.

Difficile d’y échapper ! Même les clients du restaurant Le Pinocchio, sis sur la place de l’église, ont failli en avaler leur part de pizza. Hormis quelques touristes hébétés d’observer in situ un pharaonique ballet de véhicules, CRS et chiens démineurs, la visite gouvernementale ne sera pas passée inaperçue et aura fait jaser.

« Cheverny est un symbole, fait écho aux thématiques de fierté du patrimoine du Centre-Val de Loire au cœur du projet de Marc Fesneau. Il est particulièrement attentif à la viticulture après l’épisode de gel d’avril. »

Jean Castex

Inutile de nier qu’une telle armée ministérielle dégainée à quatre jours du premier tour du scrutin régional prend des allures d’affaire nationale. « Je ne suis pas du genre à me cacher derrière mon petit doigt et je suis venu dans cette région pour soutenir Marc Fesneau. C’est un sacré bon candidat que vous avez là. Un homme pragmatique, un élu de terrain. Il fera un très bon président de région », a confirmé Jean Castex. « Ne rougissons pas de nos convictions. Expliquons aux Français. Expliquez, expliquez, encore. Et c’est important, votez dimanche ! Votez… Marc Fesneau ! 

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

Après avoir vu, bu… Quatre heures au total se sont étirées pour permettre au duo localo-parisien de séduire les abstentionnistes, de convaincre les indécis. Et surtout pour, préalablement à l’échéance présidentielle de 2022, faire d’ores et déjà barrage à l’épée de Damoclès brandie par le Rassemblement National, en tête dans les sondages devant le président sortant, le socialiste François Bonneau.

« Les élections régionales ne sont pas les élections nationales ! Il faut livrer bataille. Nous devons nous battre pour faire échouer le RN qui n’est pas un parti porteur de solutions pour notre pays. Pour résoudre ce problème, nous allons donc continuer à nous occuper des problèmes des gens », a expliqué Jean Castex, d’un ton affermi, appelant la mobilisation dès le premier tour.

Autant écrire que si le préambule bucolique annoncé aura bien été abordé — « fierté du patrimoine et sujet de la viticulture », sans oublier « échanges avec les acteurs des filières touristiques et viticoles » —, la chute de ce déballage gouvernemental aura promptement éclipsé l’amuse-bouche, engloutissant rapidement dans la foulée l’entrée. Pour, in fine, dévoiler le véritable plat de résistance, arrosé de cuvées d’AOC Cheverny/Cour-Cheverny : un meeting politique de près de deux heures au cœur des vignes du domaine viticole de la Porte Dorée, sur la route de Fougères.

L’armure ne constitue néanmoins pas assurément le sacre ; ce sont bien les urnes qui apposeront la couronne pas tout à fait gagnée. «Voter est un droit, un devoir. Chaque voix compte», aura corroboré et seriné le Premier ministre, se délectant du fruit de la vigne chevernoise tombé dans le verre. Avant peut-être de vaincre et de récolter régionalement les raisins de la victoire depuis l’isoloir ?

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