Comment les candidats aux régionales tentent de mobiliser leur électorat ?

Sept candidats se sont lancés dans la course aux élections régionales en Centre-Val de Loire des 20 et 27 juin prochain. « Politica » analyse la manière dont ils essaient de mobiliser un électorat toujours plus abstentionniste.
Par La Rédaction
14 juin 2021
Affiches de la campagne des élections régionales 2021 à Blois. ARP/POLITICA

En région Centre-Val de Loire, Marc Fesneau, ministre délégué apprécié au sein du Gouvernement et jusqu’au sommet de l’État, espère créer la surprise. François Bonneau, autrefois considéré comme « Monsieur inconnu » est désormais le candidat bénéficiant d’une plus grande notoriété face à des adversaires qui peinent à se faire entendre au-delà de leur département d’origine. Le médiatique Guillaume Peltier, numéro deux de Les Républicains s’étant retiré au profit de Nicolas Forissier, le match des candidats se joue moins dans les médias et plus sur le terrain, avec de campagnes clairement différenciées.

François Bonneau, président candidat jusqu’au bout

Avec naturellement un nombre conséquent d’élus sortants, François Bonneau fait campagne depuis Orléans, rappelant qu’il était et reste le président de la région. Multipliant les déplacements de président de région, il n’en reste pas moins candidat et visite les militants présents sur les marchés. Si l’on reçoit toujours des newsletters régulières, comme ce fut le cas pendant tout le mandat, les dernières ont un petit air « d’engagements de campagne ».

Très présents sur les marchés, la campagne du président sortant reste plutôt traditionnelle, avec des réunions publiques en salle ou en extérieur. Il n’hésite pourtant pas à utiliser les vidéos aux introductions parfois humoristiques. Enfin, c’est dans le domaine des soutiens qu’il joue large. Ici avec Stéphane Bern (réputé proche du Président Macron), là, avec Emmanuelle Cosse (ancienne secrétaire nationale d’Europe Écologie Les Verts) ou encore avec Bernard Cazeneuve (dernière guest-star de la gauche fréquentable).

Marc Fesneau à Papilles en fête, événement porté par Jeunes agriculteurs 41. ARP/POLITICA

Marc Fesneau, le ministre candidat

Marc Fesneau, ministre délégué en chargé des Relations avec le Parlement, déjà candidat en 2010, en 2015 a l’habitude de sillonner la région Centre pour faire campagne. Si, comme il l’expliquait lors de son annonce de candidature, faire campagne en restant ministre l’oblige « à mettre entre parenthèses sa vie privée, encore plus que ce qu’il ne le fait en temps normal », ses opposants lui reprochent de ne pas avoir mis entre parenthèses sa fonction de ministre.

En effet, Marc Fesneau multiplie les déplacements ministériels dans la région depuis le début de l’année. Il découple les visites officielles, comme ce fut le cas dans l’Indre en février, à Blois en mai en compagnie du Premier ministre Jean Castex ou encore d’Olivier Dussopt, ministre des Comptes publics à Vendôme quelques jours plus tard.

Dans le cadre de sa campagne, Marc Fesneau est très visible avec l’affichage urbain, mais également sur le web où il mise sur des formats vidéo. Il s’est également essayé aux podcasts, à ce jour au nombre de trois. Multipliant les supports, les repentants de sa liste Ensemble le meilleur est à venir sillonnent la région à bord d’un camion siglé et ont mis en place une « ligne directe » pour joindre les candidats.

Permanence de Charles Fournier à Orléans. ARP/POLITICA

Charles Fournier, la démocratie participative réinventée

Avec le lancement de « comités d’initiatives » pour construire ses listes, Charles Fournier mise sur l’originalité. Parmi les premiers à partir en campagne, il a lancé vingt-et-un comités d’initiatives pour « prendre collectivement les décisions, élaborer les modalités de désignation de la liste, construire le projet… » Misant sur l’intelligence collective, Charles Fournier est le plus présent sur le collage d’affiches, profitant certainement de l’expérience militante de ses nouveaux alliés Insoumis. Sa liste Un nouveau souffle, joue également la carte des soutiens, comme celui du comédien Bruno Solo mais également d’acteurs associatifs dont les vidéos sont présentes sur Facebook.
À cela s’ajoute désormais les meetings enfin autorisés et une importante présence sur Twitter avec plusieurs posts par jour dont des Lives tweets.

Aleksandar Nikolic, dans l’ombre de Marine Le Pen

C’est bien Aleksandar Nikolic qui est le candidat Rassemblement national pour la Région Centre, et non Marine Le Pen. La candidate déclarée à la présidentielle figure sur tous les supports de communication, donnant un air de campagne nationale au scrutin régional. Faisant à nouveau le pari de la jeunesse, celui qui rappelle Jordan Bardella (tête de liste aux dernières européennes et candidat en Ille de France), fait la campagne certainement la plus traditionnelle.

Très présent en affichage et collage, le parti à la flamme compte beaucoup sur sa présence sur le terrain avec ses colistiers régionaux souvent également candidats aux élections départementales

Sur les routes avec sa « caravane de la ruralité » et sur le web avec ses « carnets de campagne », le candidat du RN surfe sur la vague nationale, multipliant les engagements sur la sécurité et se positionnant comme l’alternative à la gauche et à Emmanuel Macron.

Nicolas Forissier en compagnie d’Alexandre Avril lors de son déplacement à Blois. ARP/POLITICA

Nicolas Forissier, la ruralité au diapason

Le leader de Les Républicains se veut le candidat des élus locaux qui constituent le gros de ses listes. Avec six voitures aux couleurs des listes par département, l’ancien ministre de Jacques Chirac met le terroir au cœur de sa campagne. Pariant sur le vote rural, celui qui visite un département par jour joue également pleinement la carte des réseaux sociaux. Avec 2 472 abonnés à la mi-juin, il est le candidat le plus suivi sur Facebook et organise des Lives Twitter/Facebook/YouTube pour faire de la pédagogie sur l’instance régionale.

Michel Barnier, Gérard Larcher, Guillaume Peltier… Le député candidat joue également de son réseau en invitant des personnalités pour ses meetings départementaux.
Fidèle aux thématiques de la droite, il met l’accent sur la sécurité. Il a annoncé la nomination dé son colistier d’Eure-et-Loir, le général Richard Lizurey, ancien directeur général de la Gendarmerie nationale, au poste de vice-président chargé de la sécurité.

Jérémy Clément et Christelle de Crémiers, la carte citoyenne

L’ancienne vice-présidente de la région, Christelle de Crémiers s’est alliée avec le Gilet jaune Jérémy Clément pour faire le pari de la défiance des partis politiques. Jouant la carte de l’indépendance et du 100 % citoyen, cette liste qui ne dispose que peu de moyens, réalise certainement la campagne la plus économe. Avec son site internet et sa présence sur les réseaux sociaux, ils multiplient les vidéos de soutien, principalement de colistiers, insistant sur la diversité de leurs parcours.

Farida Megdoud, candidate et porte-parole de LO en région

La candidate anticapitaliste de Lutte ouvrière fait campagne pour « porter la voix des travailleurs ». Ici aussi, les prises de parole et positions concernent moins des engagements pour les régionales qu’une volonté de proposer une alternative au capitalisme. La chef de file du parti de Nathalie Arnaud s’appuie sur les outils habituels de Lutte Ouvrière, notamment la vente du Journal d’Arlette Laguillier dans la rue.


Une campagne nationalisée

Dans ce contexte de sortie de crise sanitaire, la campagne des élections régionales 2021 est très particulière. Scrutin aux enjeux locaux très importants, il a cette année, une odeur de pré-présidentielle. Permettra-t-il à la droite de faire un émerger un candidat à l’élection suprême parmi les prétendants Xavier Bertrand, Valérie Pécresse ou Laurent Wauquiez ?

À gauche, alors qu’en 2010 quasi toutes les régions étaient détenues par des présidents PS ou proches (excepté l’Alsace et la Corse), l’année 2015 a été la douche froide face à une vague bleue, elle n’en conservait que sept.

Enfin, la majorité présidentielle d’Emmanuel Macron peine à voir émerger des élus locaux et comme lors des municipales de 2020, se trouve condamner au mieux à faire des alliances à géométries variables, au pire à se retirer face à la peur de l’extrême droite.

Côté Rassemblement National, l’enjeu est de taille, car comme en 2015, certaines régions peuvent basculer, en particulier la Provence-Alpes-Côte, la Bourgogne Franche-Comté ou encore le Centre-Val de Loire.

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