Jean-Luc Brault, ce n’est qu’un au revoir…

Temps de lecture estimé : 5 minutes En Loir-et-Cher, les histoires se succèdent sans forcément se ressembler. La dernière nouvelle qui crée date est la démission du maire de la commune nouvelle, Le Controis-en-Sologne, en place depuis 27 ans. Pour autant, politiquement, Jean-Luc Brault n’a pas encore prononcé son dernier mot.
Par Émilie Rencien
2 mai 2022
Jean-Luc Brault dans au siège de la Communauté de communes Val de Cher Controis mercredi 27 avril 2022. ER / POLITICA
Jean-Luc Brault dans au siège de la Communauté de communes Val de Cher Controis mercredi 27 avril 2022. ER / POLITICA

Ce n’est pas la première fois que l’épée de Damoclès de ce départ municipal était de sortie, par l’intéressé lui-même. Jean-Luc Brault (SE) s’épanchait régulièrement auprès de la presse locale sur ce point précis. La dernière fois qu’il nous a confessé le sujet, c’était autour d’une bière lors d’un point presse à l’abbaye de Cornilly (41), tout près de sa commune historique, Contres, devenue chef-lieu de la commune nouvelle Le Controis-en-Sologne. D’une oreille distante, personne n’y croyait jamais réellement. Aux municipales de 2020, il devait ne pas se présenter, en tout cas hésitait, et puis en fait, il a rempilé. Et puis finalement, le 26 avril 2022, la nouvelle tant serinée est confirmée : le maire Jean-Luc Brault démissionne ! Vraiment.

Au bout de 27 ans. Les commentaires sur les réseaux sociaux dressent son éloge. « Un élu de terrain efficace. Une forte personnalité. Loin des gesticulations stériles et de l’action diaphane. Un bonhomme doté d’un humanisme sincère », a posté sur son Facebook le maire de Saint-Georges-sur-Cher, conseiller départemental, vice-président communautaire chargé des finances en Val de Cher Controis. « Merci, Jean-Luc, pour ce que vous avez fait de Contres, commune dans laquelle j’ai eu la chance de grandir. Votre audace, votre courage, votre travail et votre talent ont permis de transformer cette commune et d’en faire un pôle d’attractivité économique montré en exemple, » a de son côté mis en ligne la conseillère départementale Élodie Péan-Norguet, élue au Controis-en-Sologne (future première adjointe ?), ex-assistante parlementaire de Guillaume Peltier. Quant au préfet de Loir-et-Cher, François Pesneau il a finir par accepter cette rupture d’engagement.

Jean-Luc Brault détaille son choix. « Au début, le préfet ne voulait pas et puis il a compris. Ce sont des éléments de vie, personnels (quelques soucis de santé sans gravité se murmurent dans les coulisses, NDLR), qui ont précipité ma décision. Il y a aussi de plus en plus de tracasseries administratives avec l’État régalien qui se décharge complètement sur les élus locaux. Vingt-sept ans, c’est un bail long. J’avais averti mon entourage que je ne finirai pas mon mandat, je m’étais préparé. Je pensais que ça me ferait quelque chose, mais ça va, l’équipe en place est compétente. Je suis heureux d’avoir participé à l’élaboration de projets et fier du développement de la zone industrielle de Contres. Je suis soulagé. Je pars sans regret ni inquiétude, avec le sentiment du devoir accompli », explique l’édile démissionnaire de 71 ans (72 en octobre), dans son style de franc-parler bien connu et pas toujours politiquement correct. Même s’il avoue se retenir depuis quelques années.

Chassez le naturel, il revient au galop. « Comment suis-je devenu maire il y a 27 ans ? Par hasard, une discussion entre amis en 1995 m’a mis le pied à l’étrier. Tu ne me croyais pas non plus pour la démission ? Tu sais ce que m’avait dit un ancien adjoint ? Tu peux le publier ! C’est un vieux dicton : “Mon Jean-Luc, pars avant qu’ils ne te mettent un coup de pompe dans le cul !” »

« Les législatives avec Peltier ne m’ont pas affecté »


Si la citation possède le mérite d’être limpide, M. Brault évince, tourne autour de l’autre motif de sa partance. Il s’agirait d’un écœurement à la suite de trahisons. Un brin comédien à ses heures, en sus d’être réputé « grande gueule”, il aime bien faire mariner, sous-entendre sans trop en révéler, et donner des consignes sur que ce qu’il convient d’écrire, ou non. Qu’on écoute, ou pas. « Maire, mon bilan ? Oui, j’ai une grande liberté d’expression, je suis attaché aux valeurs de la République, mais je n’appartiens à personne, hormis ma compagne et mes trois enfants ! Mon étiquette d’appartenance est là. Je suis un électron libre, un homme anarchiste… Ce qui a pu me jouer des tours. J’ai vécu avec ce mandat les plus belles satisfactions, mais également mes plus grandes déceptions humaines. Puisque parfois profondément déçu d’amis que je croyais véritables et sincères. Je me suis trompé. »

Or, ce n’est pas à un vieux singe qu’il faut apprend à exécuter une grimace. Et M. Brault sait sciemment que dans la sphère politisée, les amis, ça va ça vient, ça se dispute, ça se rabiboche contre un ancien ami et nouvel ennemi commun, et ainsi va la vie. À force de lui reposer la question, il lâche un patronyme : Philippe Sartori, maire SE de Noyers-sur-Cher, vice-président du conseil départemental. Serait-ce parce que ce dernier est le suppléant de Pascal Bioulac, maire DVD de Lamotte-Beuvron et conseiller départemental d’opposition, investi par les Républicains ? Pas sûr. On ne saura pas.

« Je pourrais me présenter aux sénatoriales de 2023, histoire d’en embêter quelques-uns. De faire perdre les uns et de faire gagner les autres. »

Jean-Luc Brault

Photo ER / POLITICA

Le maire de Contres nie de plus avoir envie d’être candidat aux législatives de juin 2022, mais il est perceptible qu’il ne faudrait pas grand-chose pour le décider. « Oui, il est vrai que certaines personnes m’ont appelé pour que j’y aille. Qui ? Des gens de LREM, d’autres soutiens », concède-t-il sans préciser. Il convient de noter que l’édile Brault de Contres est sans étiquette, mais a fait partie pendant l’élection présidentielle des membres du comité solognot de soutien à Macron aux côtés des vieux de la vieille, le maire ex-PS de Romorantin, Jeanny Lorgeoux, et le sénateur Modem Jean-Paul Prince, ancien maire de la Ferté Saint-Cyr, ainsi que de jeunots, l’énarque et juge Jean-Baptiste Baudat notamment, candidat au scrutin départemental de 2021 sur le canton de Saint-Aignan-sur-Cher et aspirant aux échéances législatives de juin 2022 sur la circonscription du Romorantinais. Rappelons par ailleurs le fameux et précédent match législatif de juin 2017, entre Guillaume Peltier (LR à l’époque) et Jean-Luc Brault (identifié LREM à ce moment-là), qui fut favorable au premier, élu donc député.

« Momo m’a tué… »


Les précités rivaux avaient été départagés par 1078 voix offertes à une candidate fantôme que personne n’avait jamais croisée, Olivia Marchal, identifiée “majorité présidentielle pour Emmanuel Macron” et dont personne n’a depuis jamais entendu causer… « Les législatives y a 5 ans, j’ai perdu, mais je garde un excellent souvenir. On m’en parle souvent, mais non, je ne suis pas du tout affecté par Peltier, qui est un saltimbanque de la politique. Il est aujourd’hui en Sologne et demain, où ? Moi, je suis resté 27 ans au même endroit », commente encore Jean-Luc Brault. Les duels sont de manière récurrente tenace sur des routes qui s’entrecroisent fréquemment : M. Brault accompagne depuis la fin 2021 “un premier atelier de découpe et transformation dédiée à 100 % au gibier sauvage de Sologne” avec la marque “Bouche de Sologne”, tandis que M. Peltier a vanté pour sa part, à la fin 2021, les mérites d’un “atelier de transformation et de valorisation du gibier en Sologne” avec la marque “Délices de Sologne » qui n’a jamais abouti… Ajoutez dans ce chaudron le fait que ce printemps 2022, il se rapporte que ce même Peltier, passé depuis chez Zemmour et Reconquête, serait pressenti, via un possible accord avec le Rassemblement National, candidat à la députation à nouveau en Sologne, cela peut relancer la machine. Qui sait !

Quoiqu’il advienne, pour clore la boucle d’intimités, Jean-Luc Brault mentionne pour finir Maurice Leroy, l’ex-président Udi du Conseil départemental de Loir -et-Cher, ex-communiste proche de Charles Pasqua, ex-maire, ex-député, épinglé fin 2021 de la Légion d’honneur par l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy à Vendôme. M. Leroy, ex-ministre du Grand Paris a migré depuis dans la République de Poutine en qualité de directeur général adjoint en charge de l’international pour le chantier du Grand Moscou. Un désaccord ? Dans quel cadre ? « Momo a eu ma peau. Aux cantonales, Il a préféré Jean-Marie Janssens (Udi) au Conseil dit Général à l’époque… », remémore M. Brault. C’était en 2015, il était alors vice-président de cette assemblée depuis 2008, postulant à sa propre succession. Un énième faux ami et duel fratricide dans le parcours du désormais ancien maire de Contres.

Des appétences avouées pour les sénatoriales


Vous l’aurez compris, si son successeur à la tête de la mairie de Contres sera démocratiquement désigné le 4 mai à la salle des fêtes communale — le maire délégué de la commune déléguée de Contres, de sensibilité de gauche, Antoine Lelarge, est pressenti —, les adieux politiques de Jean-Luc Brault, ne sont pas immédiats. Il demeure dans l’action en tant que conseiller municipal de Contres, et surtout, comme président de la communauté de communes Val de Cher Controis. Quant aux sénatoriales de 2023, ira-t-il ? N’ira-t-il pas ? Il minaude là encore, mais d’un regard malicieux, répond par l’affirmative. « Histoire d’en embêter quelques-uns. De faire perdre les uns et de faire gagner les autres. Non, je plaisante, n’écris pas ça ! » Qu’il soit premier magistrat puis plus du tout, chassez le naturel…

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