Justice : des militants antifascistes obtiennent gain de cause

Temps de lecture estimé : 2 minutes Un entrepreneur orléanais au récent passé ultra-identitaire avait lancé une procédure judiciaire contre deux sites internet antifascistes. Ce 16 mars, la Cour d’appel de Toulouse l’a débouté de ses demandes de condamnations.
Par Mourad Guichard
18 mars 2022
Manifestation « antifa » le 26 février 2022 à Orléans. Archives ARP
Manifestation « antifa » le 26 février 2022 à Orléans. Archives ARP

Yves Alphé, figure du mouvement identitaire, ainsi que son entreprise de pompes funèbres Caritas, viennent d’être déboutés par la Cour d’appel de Toulouse (Haute-Garonne). Ils attaquaient conjointement deux sites internet antifascistes, dont celui de Solidaires Loiret pour « diffamation publique », les militants ayant rappelé le récent passé de l’ancien rappeur identitaire.

Dans un droit de réponse daté de 2007, Yves Alphé expliquait que son rap nationaliste de 2006 lui avait permis d’exprimer « des idées conservatrices ». Il affirmait assumer pleinement tout ce qui figurait dans ses chansons « dans lesquelles aucun propos raciste ou xénophobe n’a demeuré. Et encore moins d’apologie du nazisme ». Les militants antifascistes rappellent cependant que la chanson, « Hommage à Rex », rend très clairement hommage à Léon Degrelle, militant d’extrême droite durant l’entre-deux-guerres, devenu collaborateur de l’occupant nazi, puis membre actif de la division SS Wallonien sur le front de l’Est. Ils produisent également de nombreux textes et photos où l’on peut observer les liaisons de l’ancien rappeur, comme cet autre chanteur, auteur d’une chanson baptisée « J’ai pas le Shoah ». Ou encore, cette photo où Yves Alphé apparaît tout sourire aux côtés d’un militant norvégien néonazi.


Ce qui a sans doute poussé les antifascistes à s’intéresser à Yves Alphé, alias « Goldofaf », c’est l’intervention de son entreprise de pompes funèbres dans la cérémonie de transfert de Jean Zay au Panthéon. « Goldofaf portant le cercueil de Jean Zay en 2015, une honte! », peut-on lire dans l’article qui lui est consacré. Une condamnation qui s’accompagne d’un questionnement sur le choix, par la ville d’Orléans, d’une telle entreprise.

Dans une réaction écrite adressée à Politica, Achille Da Silva, l’avocat d’Yves Alphé, apporte une précision surprenante. « L’arrêt de la Cour d’appel de Toulouse considère que les propos figurant dans l’article […] ne visent pas Monsieur Alphé en ce qu’ils sont diffamatoires et ne visent pas sa société en ce qu’ils sont injurieux […] En revanche, il n’y est pas contesté qu’il s’agit d’imputations diffamatoires ou d’injures, même si elles ne seraient pas, selon la juridiction, adressées aux deux parties civiles », écrit-il. Une superbe acrobatie réalisée par un professionnel et que nous vous déconseillons de reproduire chez vous.
Yves Alphé a trois jours, à compter de la notification du jugement, pour se pourvoir en Cassation.


Fin novembre 2021, Yves Alphé s’était illustré en se présentant au domicile de Mourad Guichard, journaliste et collaborateur régulier de Politica, à la suite de la parution d’une enquête sur l’extrême droite qui lui avait déplu. S’en était suivi une vague de dénonciations nourrie par des articles du Canard Enchaîné, de L’Humanité, de Politis, de France 3 Centre, mais aussi de communiqués de nombreux acteurs politiques, de Reporters Sans Frontières et du syndicat SNJ-CGT. Pour celui qui ne voulait pas qu’on rappelle son passé récent, c’est plutôt raté.

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