Métropole d’Orléans : Serge Grouard et Michel Martin de retour en sauveurs

Durant le dernier conseil métropolitain orléanais, Serge Grouard a pointé du doigt une situation financière jugée critique. Oubliant peut-être ses responsabilités et celles de Michel Martin, son fidèle argentier.
Par Mourad Guichard
15 novembre 2021
Serge Grouard, président d'Orléans Métropole
Serge Grouard lors de son élection à la présidence président d’Orléans Métropole le 9 novembre 2021 à Saint-Jean-le-Blanc. ARP / POLITICA

Après son intronisation à la tête de la métropole d’Orléans, ce mardi 9 novembre, Serge Grouard s’est voulu grave. Il a pointé, à l’occasion d’un discours posé, la situation économique critique de la jeune collectivité. Avec une capacité de financement de l’ordre de 500 millions d’euros, elle se retrouverait confrontée à des dépenses prévisionnelles de 983 millions d’euros. Quant à la dette, elle dépasserait les 660 millions d’euros et pourrait flirter avec le milliard d’ici la fin du mandat. Bref, une situation de blocage qui serait notamment liée aux dépenses de fonctionnement et aux projets pharaoniques, dont le fameux CO’Met qui culmine à 150 millions d’euros, contre un prévisionnel de 110 millions d’euros. « Mon propos n’est pas de regarder dans le passé », a insisté l’édile, assurant que sa priorité était de trouver des solutions pour « ne pas aller dans le mur ».

Petit coup d’œil dans le rétroviseur et regard porté sur l’avenir

Mais hormis l’augmentation de la fiscalité ou la baisse des dépenses de fonctionnement, pourquoi ne pas regarder dans le rétroviseur pour comprendre comment la collectivité en est arrivée là et, accessoirement, si la situation est aussi catastrophique qu’annoncée ?
On y découvrirait alors que Michel Martin, le grand argentier de la métropole et de la capitale régionale, a toujours été soutenu par Serge Grouard, notamment quand ce dernier était élu à la stratégie métropolitaine. Un poste dont on devine difficilement les contours, sachant qu’à cette période, Oliver Carré était à la fois maire d’Orléans et patron de la métropole. Donc en mesure de faire le lien entre la métropole et la ville métropole…

Cependant, avec cet imprécis maroquin, M. Grouard avait l’ensemble des cartes en mains pour suivre les dépenses engagées au cours des dernières années. « Grouard savait, par exemple, qu’il aurait fallu mettre en place les économies substantielles liées à la mutualisation des services », explique un cadre métropolitain. « Au contraire, de nouvelles dépenses ont vu le jour, comme celle du choix curieux de bus thermiques, alors que des bus électriques auraient coûté, à terme, bien moins cher à la collectivité ».

Alors pourquoi reconduire ce même Michel Martin aux finances de la métropole si ce dernier est co-responsable de la situation ? « Il est patron du très influent cabinet d’expertise comptable Orcom », souligne un élu de l’ancienne majorité pilotée par Olivier Carré (DVD). « Et objectivement, ses compétences sont largement reconnues. De toute manière, il a fait son temps et devrait passer la main. Un autre élu, lui aussi cadre chez Orcom, devrait lui succéder aux finances métropolitaines».

Grouard – Martin, amis de vingt-ans

Pour l’élu écologiste Jean-Philippe Grand, le maintien coûte que coûte de Michel Martin aux finances, alors qu’il est par ailleurs inquiété dans une affaire d’attribution de marché public (l’élu a été placé en garde à vue en juillet 2020 en sa qualité de président de la Semdo, société d’économie mixte, NDLR) a également quelque chose de surprenant. « Voir arriver le duo Grouard-Martin en sauveurs alors qu’ils sont aux manettes sur Orléans depuis vingt ans, je trouve ça effarant. Ils ont clairement laissé filer les comptes alors qu’ils étaient aux responsabilités ».

Ce que craint la tête de liste de la gauche et des écologistes aux dernières municipales, c’est que la situation financière permette à l’exécutif métropolitain de réduire les investissements dans les villes périphériques, notamment de gauche, au profit de la capitale régionale. « En tant qu’Orléanais, je pourrais m’en féliciter, mais en tant qu’élu métropolitain, je trouverais cela inéquitable », souligne M. Grand. Pour appuyer son propos, il relève deux récentes décisions : « Alors qu’il assurait l’intérim de la métropole à la suite de la démission de Christophe Chaillou, Serge Grouard a lancé l’assistance à maîtrise d’ouvrage pour les travaux des mails d’Orléans et l’étude du plan solaire ». Il s’agit en fait d’études budgétées fin 2020, mais qui suivent leur cours malgré la disette annoncée.

L’élu écologiste reproche par ailleurs au nouvel homme fort de la métropole de faire porter le chapeau d’une éventuelle déroute financière à son prédécesseur, Olivier Carré. « Il y avait un contrôle de gestion assuré justement par Michel Martin. Ce dernier a certes émis des réserves sur certaines décisions, mais de manière timorée. Pas à la hauteur du trou financier que Serge Grouard semble aujourd’hui découvrir ».

Un ancien salarié d’Orcom pense détenir la clef : « Il suffit de regarder le réseau que s’est construit Martin au fil des années. En devenant président du conseil de surveillance de l’Orléans Loiret Basket, club soutenu par la Caisse d’Épargne et les médias locaux avec lesquels il interagit grâce à son mandat local, Martin est devenu un personnage suffisamment influent pour que Serge Grouard ne puisse envisager de s’en séparer ». À regarder les partenaires de l’OLB, cette forte impression de réseaux interagissants tient la route.

Concernant la fameuse dette, un cadre métropolitain se veut optimiste. « Nous avons une capacité de désendettement sur sept ans contre douze ans en 2012 », précise-t-il. « C’est tout à fait supportable si les investissements concourent à l’attractivité du territoire, notamment en direction des entreprises ».


Serge Grouard et Christophe Chaillou le 9 novembre 2021 à Saint-Jean-le-Blanc. ARP / POLITICA

Un beau roman, une belle histoire

Au début du conseil métropolitain de ce mardi 9 novembre, Serge Grouard a été taxé par son opposant écologiste, Jean-Philippe Grand, « d’homme possédant une vision guerrière de la politique, à la recherche permanente de l’affrontement et dotée d’une vision passéiste propice aux petits arrangements et au clientélisme ».

Le président métropolitain en devenir lui a répondu par une tirade poignante. « Je ne peux pas accepter les propos haineux de Monsieur Grand ». Et à M. Grouard de poursuivre : « Je ne confirme pas ma candidature à la présidence d’Orléans Métropole et je demande une suspension de séance ».

Magie du quart d’heure de réflexion, le même Serge Grouard est revenu après la pause en expliquant, face caméra, que la situation critique de la collectivité l’obligeait à faire don de sa personne. Et cela, à l’encontre de ses propres convictions et à contrecœur. L’élu orléanais s’était engagé lors de la campagne municipale à ne pas cumuler le poste de maire avec celui de patron de la métropole. Belle preuve d’abnégation face à une urgence impérieuse et historique. 

Sauf que, les différentes délégations annoncées par Serge Grouard mardi soir étaient négociées en catimini le matin même. Comment pouvait-il avoir sous le bras dès le début de séance le dossier contenant les noms des vingt vice-présidents et leur délégation s’il n’était pas à ce point évident qu’il se voyait candidat et président ? Mystère…

Dans la même rubrique

Romain Roy, lauréat en bande organisée ?

Le Groupe Roy Énergie vient d’être auréolé des « Trophées de l’entreprise du Loiret ». Une jolie performance pour Romain Roy, patron du groupe et adjoint au maire d’Orléans qui siège aux côtés de Michel Martin, dirigeant du groupe Orcom coorganisateur des récompenses.

La salade LR sera finalement… parisienne !

La salade LR sera finalement… parisienne !

Avec plus de 60 % des voix, la patronne de la région Île-de-France a été désignée samedi par les adhérents LR candidate de la droite à la présidentielle. Valérie Pécresse devra réussir l’intégration des troupes des candidats battus, notamment celles d’Eric Ciotti qui annonce la création de son propre mouvement au sein du parti.

« La République Ensemble », ça vous parle ?

« La République Ensemble », ça vous parle ?

Marc Fesneau (Modem), conseiller régional et ministre en charge des relations avec le Parlement avait réuni à Chailles (41), une poignée d’amis afin de jaboter dans une langue estampillée LRE. Quésaco ? Politica explicite ce réseau politisé qui prépare le terrain présidentiable.

Le geste politique de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker

Le geste politique de l’entrée au Panthéon de Joséphine Baker

Sur décision du président de la République, la résistante franco-américaine Joséphine Baker a fait son entrée au Panthéon le 30 novembre 2021 et devient la première femme noire à trouver sa place dans ce temple républicain, à Paris. Quelle est la force symbolique de la panthéonisation de cette « combattante de la liberté » ?