Présidentielle 2022 : surmonter la fatigue démocratique

Temps de lecture estimé : 2 minutes À moins de dix jours du premier tour de la présidentielle, alors que les candidats entrent dans le dur de la campagne, seuls 67 % des Français se disent certains d’aller voter. Pourtant, les enjeux importants du moment devraient inciter à la mobilisation. Candidats, médias et citoyens ont leur responsabilité dans cette apathie ambiante.
Par Alberto Rodriguez Pérez
30 mars 2022
Panneau électoraux à Orléans le 30 mars 2022. ARP / POLITCA
Panneau électoraux à Orléans le 30 mars 2022. ARP / POLITCA

EDITORIAL POLITICA. Ce n’est désormais plus qu’une question de jours. Tandis que dans les enquêtes d’opinion, l’écart se réduit entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen, que Valérie Pécresse et Éric Zemmour ne parviennent pas à remonter la pente, quand Jean-Luc Mélenchon connaît une petite dynamique, la campagne électorale suscite un malaise palpable. Alors qu’elle devrait chérir la liberté de débat et de choix qu’elle a conquise au long de son histoire, la France de 2022 présente les symptômes d’une démocratie fatiguée.

Le taux de participation aux élections jauge la vitalité d’une démocratie

A quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle, bon nombre d’électeurs ne s’y intéressent toujours pas. Et les candidats peinent à les y aider. Selon l’enquête Ipsos-Sopra Steria pour Le Monde, seuls 67 % d’entre eux se disent certains d’aller voter, alors qu’ils étaient 78 % il y a cinq ans. L’impression « qu’il n’y a rien de nouveau » ou encore le sentiment que « les jeux sont déjà faits » sont avancés comme motifs du désintérêt. Ils oublient pourtant que rien n’est écrit à l’avance, seul le verdict des urnes compte. Et l’expérience nous a appris que celui-ci pouvait réserver de surprises.

Dans la dernière ligne droite avant le scrutin, la lassitude des Français au regard de l’actualité étonne. Dans un contexte angoissant imposé par l’invasion de l’Ukraine, les questions sur l’avenir de la France sont plus nombreuses que jamais et un débat de fond est impératif. Le réchauffement climatique, l’inflation dans une conjoncture de démondialisation, la réapparition des épidémies ou encore les craintes autour de l’indépendance énergétique et alimentaire, montrent à quel point tout ce qui nous paraissait définitivement acquis est brusquement remis en cause.

Contrairement à ce que plaident la plupart des candidats, ce n’est pas la guerre en Ukraine qui écrase le débat et relègue la campagne au second plan de l’actualité, mais la façon dont chacun s’en est servi à des fins politiciennes. Emmanuel Macron, d’abord, aura attendu l’ouverture de la campagne officielle pour se résoudre à entrer dans la mêlée. La droite et la gauche, ensuite, pour masquer la faiblesse de leur campagne à la peine bien avant le déclenchement du conflit. L’extrême droite, enfin, avec l’exploitation par Marine Le Pen du thème porteur du pouvoir d’achat en essayant de faire oublier sa rencontre « officielle » avec Vladimir Poutine en 2017 et que son parti continue de rembourser un prêt à un créancier russe.

Les ratés de cette campagne n’exonèrent malheureusement pas les citoyens de leur propre responsabilité. L’apathie maussade dans laquelle se réfugient nombre d’électeurs, sous prétexte que les politiques ne pourraient rien pour eux, est préoccupante. S’ils s’étaient mobilisés pour exiger une confrontation des idées, demander des réponses précises, réclamer des projets d’avenir cohérents et ambitieux, ils auraient fini par les obtenir. La démocratie n’est ni un luxe ni une évidence. En ces temps troublés, incitons les Français à s’en remémorer les 10 et 24 avril.

Dans la même rubrique

Union de la gauche : entre grande histoire et petits arrangements électoraux

Union de la gauche : entre grande histoire et petits arrangements électoraux

Après l’accord, dimanche soir, entre La France Insoumise (LFI) et les écologistes, les discussions se poursuivent avec le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS) pour les législatives. Certains évoquent le Front Populaire de 1936. D’autres le congrès d’Épinay de 1971, avec cette fois-ci, l’alliance derrière la force la plus radicale. Nouveau fait historique ou petits arrangements électoraux ?

Jean-Luc Brault, ce n’est qu’un au revoir…

Jean-Luc Brault, ce n’est qu’un au revoir…

En Loir-et-Cher, les histoires se succèdent sans forcément se ressembler. La dernière nouvelle qui crée date est la démission du maire de la commune nouvelle, Le Controis-en-Sologne, en place depuis 27 ans. Pour autant, politiquement, Jean-Luc Brault n’a pas encore prononcé son dernier mot.

Fêtes johanniques d’Orléans : une invitée peut en cacher un autre

Fêtes johanniques d’Orléans : une invitée peut en cacher un autre

Emmanuel Macron, Bernadette Chirac, François Mitterrand… l’invité officiel des Fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans participe à la notoriété des festivités. Cette année, c’est Masha Kondakova, réalisatrice ukrainienne inconnue qui est sortie tardivement du chapeau. Explications !

Avec le Digital Service Act, l’UE met au pas les réseaux sociaux

Avec le Digital Service Act, l’UE met au pas les réseaux sociaux

Alors qu’Elon Musk rachète Twitter et promet un vent de liberté sur les contenus publiés sur le réseau social, le Parlement européen a adopté le Digital Service Act. Dorénavant, ce ne sont plus les plateformes et les médias sociaux qui dictent leurs règles, mais l’UE qui fixe le cadre numérique à respecter sur son territoire.