Union de la gauche : entre grande histoire et petits arrangements électoraux

Temps de lecture estimé : 4 minutes Après l’accord, dimanche soir, entre La France Insoumise (LFI) et les écologistes, les discussions se poursuivent avec le Parti communiste français (PCF) et le Parti socialiste (PS) pour les législatives. Certains évoquent le Front Populaire de 1936. D’autres le congrès d’Épinay de 1971, avec cette fois-ci, l’alliance derrière la force la plus radicale. Nouveau fait historique ou petits arrangements électoraux ?
Par Alberto Rodriguez Pérez
3 mai 2022
Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. Archives ARP
Olivier Faure, le premier secrétaire du Parti socialiste. Archives ARP

Faute d’avoir pu s’afficher main dans la main le 1er mai, jour de la fête des Travailleurs, c’est désormais le 3 mai, date anniversaire de la victoire du Front populaire aux législatives de 1936, que toute la gauche a dans le viseur. Fabien Roussel y faisait référence sur France info ce lundi, quand Jean-Luc Mélenchon l’évoquait, lui, dimanche en marge du défilé parisien. Dans les années 30, la Section française de l’internationale ouvrière (SFIO), ancêtre du Parti socialiste (PS), la Section française de l’Internationale communiste (SFIC), précurseur du Parti communiste français (PCF) et le Parti radical-socialiste, s’unissent pour conserver la démocratie face à la montée du fascisme, relancer l’économie et mettre en place des avancées sociales. Outre les progrès majeurs dont les Français bénéficient encore aujourd’hui, le Front Populaire reste dans l’imaginaire collectif comme un exemple des possibilités pour la gauche de faire bouger les lignes.

Législatives, s’unir ou disparaître…

Insoumis, écologistes, socialistes, et communistes finiront par s’entendre en vue des élections législatives de juin. Pour autant, ce nouvel accord des forces de gauche s’inscrira-t-il dans l’Histoire à l’image du congrès d’Épinay, en 1971, qui préfigurait l’alliance des communistes aux socialistes et la suprématie de ces derniers ? Assiste-t-on aux préludes d’un Épinay inversé, avec une force motrice qui serait la plus radicale de la coalition ? LFI a réussi à se présenter comme un mouvement de contestation, de proposition voire de combat. Mais pour arriver au pouvoir, pour passer de la protestation à l’action, les Insoumis sont obligés de rallier toute la gauche. Même s’ils refusent le terme « union de la gauche », senti comme l’héritage de cuisines politiques de la période socialiste, ils sont sur le point de la réaliser sans la revendiquer.

L’ambition est commune et se dit historique : coucher sur le papier, le plus rapidement possible, un accord pour les législatives. Désignées par M. Mélenchon comme le troisième tour de la présidentielle, ces élections revêtent deux enjeux. L’un purement politique avec la représentation à l’Assemblée nationale. L’autre financier, puisque les revenus des partis pour les cinq prochaines années en dépendent. Dès lors qu’un parti récolte au moins 1 % des suffrages dans 50 circonscriptions au premier tour, chaque voix lui rapporte 1,42 €, et ce de manière fixe pendant cinq ans. Après le second tour, le nombre de parlementaires débloque un second volet d’un montant de quelque 37 000 euros par élu et par an jusqu’au renouvellement. De quoi garantir une certaine sérénité. Ou, au contraire, de sérieuses inquiétudes.

La tempête gronde au sein du PS

Dimanche 1er mai à minuit, une première fumée blanche surgit au siège de La France insoumise passage Dubail, dans le XIe arrondissement de Paris. L’accord LFI-EELV est approuvé. Les Verts repartent avec une centaine de circonscriptions, dont une trentaine jugées gagnables. Les écolos ont le sourire, même s’ils tablaient sur plus. Mais comment peser dans le rapport de force après le record de Jean-Luc Mélenchon et ses 21,95 % des voix à la présidentielle ? 

C’est sur le nombre de circonscriptions que les négociations bloquaient principalement avec les socialistes. Les Insoumis ont pris l’engagement de leur garantir un groupe à l’Assemblée – soit au moins quinze députés -, mais Olivier Faure en réclamait davantage au nom de l’ancrage territorial du parti. Le Premier secrétaire du PS doit gérer, en parallèle, une fronde interne grandissante. Jean-Christophe Cambadélis, Stéphane Le Foll ou encore Anne Hidalgo estiment qu’une alliance avec les Insoumis conduirait à la disparition de leur parti. « Cet accord est inacceptable sur le plan électoral et met en cause des principes qui sont les fondements de l’engagement socialiste », s’est insurgé par ailleurs François Hollande. En écho aux propos de l’ancien président, des socialistes mécontents s’apprêtent déjà à se présenter comme candidats dissidents.

Union européenne, nucléaire… La politique, c’est d’abord l’art du dissensus

En position de force, les Mélenchonistes ont réussi à faire plier leurs partenaires sur le programme commun et le « non-respect de certaines règles » européennes. Du jamais-vu au PS, dont l’ADN social démocrate est résolument pro-UE. De leur côté, les écologistes se targuaient lundi d’avoir fait bouger les Insoumis au fil des discussions. « Ils ne parlent plus d’un plan B pour sortir de l’Union européenne, ni de l’affaiblir, mais au contraire de chercher des moyens de l’améliorer », estimait Sandra Regol, la secrétaire nationale adjointe d’EELV. Le communiqué de l’accord entre LFI et les Verts de dimanche soir ressemblait pourtant à la position initiale des Insoumis : « Il faudra être prêt à désobéir à certaines règles européennes, en particulier économiques et budgétaires ».

Également favorables à l’alliance, les troupes de Fabien Roussel partagent quasi totalement les idées de LFI. Même la sortie du nucléaire n’est plus une ligne rouge pour les communistes. M. Roussel a affirmé que les communistes défendraient cette position s’ils parvenaient à conserver un groupe à l’Assemblée. Pas gênant pour LFI. Reste l’épineuse question des circonscriptions. Les Insoumis en auraient proposé cinquante au PCF. Une proposition alléchante sur le papier, mais les communistes estiment que seules onze peuvent être considérées comme gagnables et sont déjà détenues par leurs sortants. Le projet sera soumis au Conseil national après consultation des Conseils départementaux.

Alors que les discussions se poursuivent, au-delà de la symbolique du 3 mai, un accord rapide est nécessaire pour que chacun puisse se mettre en ordre de marche, le premier tour des législatives aura lieu le 12 juin. Cinq semaines à peine pour faire campagne et espérer une Assemblée rouge-rose-vert. Puisqu’ils sont maintenant en tête des gauches, exit le discours attrape-tout de mobilisation, l’heure des responsabilités semble venue pour les Insoumis. « Enfin, les difficultés commencent », disait Bracke au Conseil national du Parti socialiste SFIO, le 10 mai 1936 quelques jours après leur victoire électorale aux législatives. Bienvenue au club !

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